Lydie Solomon Pianiste & Comédienne

Une forme de passion qui tient du prodige – The National

14 octobre 2014

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« La pianiste franco-coréenne Lydie Solomon, qui fait ses débuts aux Emirats Arabes Unis au Manarat Al Saadiyat ce soir, raconte à Feargus O'Sullivan qu'elle entretient une connexion étroite avec Chopin depuis longtemps.« 

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« Lydie Solomon est tout sauf mal préparée. Parler à la pianiste franco-coréenne de 32 ans avant ses débuts à la saison des Abu Dhabi Classics ce soir vous donne le sentiment qu'elle a fouillé le passé de la ville pour s'en inspirer.

« J'ai entendu dire que les premiers habitants d'Abu Dhabi étaient des pêcheurs de perles, » dit-elle au téléphone depuis Paris. « C'est une métaphore merveilleuse. Mon rêve sur scène est de permettre aux autres d'aller aussi loin que possible dans mes eaux musicales, afin qu'ils puissent eux-mêmes attraper les plus belles perles. »

Dans cette métaphore recherchée de pêche des perles, le rôle de l'huitre est joué par la musique de ce grand romantique qu'est Chopin. Le concert de Solomon retracera les voyages incessants à travers sa musique, le travail d'une vie dont l'élégance mélodique et la profondeur réelle du ressenti font qu'il est presque impossible de ne pas l'aimer.

Pour la pianiste, c'est une musique avec laquelle elle a depuis longtemps éprouvé une intense connexion émotionnelle.

« J'ai rencontré Chopin pour la première fois quand j'avais 11 ans, grâce à ses deux concertos, » dit-elle. « On peut dire que ce fut un coup de foudre, un grand amour dès la première rencontre – ou, euh, plutôt dès la première écoute ? C'est bien cela ? Plus tard, lorsque comme concertiste j'ai découvert sa Polonaise-Fantaisie [qu'elle jouera à Abu Dhabi], j'ai senti que ce ‘film musical' qu'il avait créé décrivait exactement ce que je ressentais. »

L’identification étroite que Solomon entretient avec la musique de Chopin pourrait provenir de la similarité de leurs vies. Tous deux sont des musiciens constamment en voyage, se démarquant de façon saisissante de la plupart de leurs contemporains.

Repérée comme musicienne pour la première fois lorsqu'elle fut surprise en train de jouer du Beethoven d'oreille à l'âge de 2 ans, Solomon n'avait que 10 ans quand elle fit ses débuts professionnels. Elle obtint son premier prix national à 13 ans, et elle remporta des prix de premier plan deux fois au Conservatoire de Paris. Elle a aussi un MBA et parle quatre langues couramment.

Quand elle a avoué timidement avoir écrit quatre romans non publiés – le premier à 12 ans – j'ai dû réprimer un secret désir, peu charitable, qu'ils ne soient pas très bons.

Cependant, un talent comme celui-ci peut peser lourdement. Alors que Solomon est ouvertement enchantée par sa carrière actuelle, la direction vers laquelle elle a été poussée à un si jeune âge fut une dure expérience pour elle.

« Quand vous débutez comme musicien, vous choisissez une passion, quelque chose qui vous est connecté et qui n'appartient qu'à vous, » dit-elle. « Lorsque les gens vous étiquettent comme prodige, c'est comme s'ils vous volaient votre passion, parce que d'un seul coup vous devez gagner des concours et être sur scène, toujours à donner des concerts. »

Cette pression de partager, plutôt que de développer ses compétences poussa Solomon à prendre trois années musicales sabbatiques dans ses vingt ans, au cours desquelles elle se lança dans une carrière naissante d'actrice.

« J'ai pu revenir à ma passion parce que je l'avais abandonnée, » explique-t-elle.
« Quand j'avais 25 ans, j'ai décidé d'annuler tous mes concerts, de prendre du recul et de la hauteur. Je voulais comprendre pourquoi le piano me faisait autant souffrir, parce qu'à ce moment c'était devenu une grande souffrance.

Au bout de trois ans, j'ai compris que le problème n'était pas le piano – ce n'était pas une fin en soi, seulement un moyen de m'exprimer. Quand j'ai repris ma carrière, j'étais dans un état d'esprit totalement nouveau. Je choisirais par moi-même quand je jouerais et comment. Pour la première fois, j'avais trouvé une vraie liberté à m'exprimer par le piano. »

Cette nouvelle carrière est assurément éclectique. Le dernier album de Solomon explore l'influence de Chopin sur les compositeurs cubains, une musique qui est peu connue à l'international, album dans lequel elle chante aussi bien qu'elle joue du piano.

En aménageant des représentations influencées par le jeu de scène – il lui est arrivé de jouer avec des paillettes d'or dans les cheveux – le style quelque peu excentrique, hautement personnel de Solomon suggère que, bien qu’elle soit déjà une concertiste chevronnée, le travail de sa vie vient probablement seulement de commencer.

• Le Voyage de Frédéric Chopin se joue à guichets fermés à l'Auditorium du Manarat Al Saadiyat ce soir à 20 heures »

The National, Arts & Lifestyle (Feargus O'Sullivan), 14/10/2014