Lydie Solomon Pianiste & Comédienne

“Beethoven m’a toujours accompagnée” – Dix-huit les nouvelles

30 mars 2018

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“Lydie Solomon
Beethoven m’a toujours accompagnée”

“La virtuose du piano Lydie Solomon s'est installée à Montmartre depuis plus de dix ans. Elle se plaît à dépasser son métier d'interprète et aime aller à la rencontre du public en proposant des concerts théâtralisés.”

Vous avez débuté le piano très tôt…
J'ai effectivement commencé à deux ans. Quand j'ai découvert qu'il y avait un piano dans l'appartement de mes parents, j'ai joué d'oreille avec un doigt la mélodie de L'Hymne à la joie de Beethoven. Je n'ai bien sûr aucun souvenir de cet épisode et on me l'a raconté. Mais je sais que depuis ce jour, Beethoven ne m'a plus quittée. Ma mère a crié au génie en
m'entendant jouer et a décrété que je serais la plus grande pianiste de l'univers (rires). À cinq ans, elle m'a inscrite sur dérogation spéciale à l'École Normale de Musique de Paris-Alfred Cortot. Ainsi, le piano fait partie intégrante de ma vie depuis ma plus tendre enfance.

Avez-vous traversé des crises et des remises en question ?
Oui. J'ai eu ma première crise à l'âge de 11 ans. J'avais envie de vivre mon adolescence. En tant que pianiste, ma vie
était très différente de celle des autres jeunes. C'était une vie de sacrifice comme celle des sportifs de haut niveau. Je n'avais pas beaucoup d'amis et de loisirs. J'étais dans un collège avec des horaires aménagés. Il n'y avait seulement que des musiciens et des danseurs. Je voulais me nourrir d'autres disciplines pour pouvoir m'exprimer autrement. Ma mère m'a mise à la danse classique et je me suis inscrite également au violon. J'étais douée un peu en tout mais j'ai dû faire un choix et me recentrer sur le piano. Il fallait que je devienne technicienne de mon art et j'en ai souffert d'une certaine manière.

Visiblement vous n'aimez pas le cloisonnement et vous avez d'ailleurs mis une parenthèse à votre carrière de pianiste entre 2008 et 2010 pour vous lancer dans la comédie en intégrant le cours Florent…
Un de mes professeurs, Yvon Marciano m'a même fait tourner mon premier film, Vivre. Il cherchait à « caster » des acteurs en vue d'écrire un scénario. Yvon Marciano m'a posé beaucoup de questions sur ma vie de pianiste, sur mes origines coréennes et m'a écrit un rôle quasiment autobiographique. Cette facette du métier de comédienne m’a beaucoup séduite. Cela m'a influencée dans ma décision d'arrêter les concerts. En effet, j'étais en perte de sens par rapport à la forme que je voulais donner à mes concerts. Il fallait que j'aille prendre de la matière ailleurs. Par la suite, j'ai tourné un épisode de la série Profilage où j'incarnais une criminologue. Puis, j'ai été contactée pour jouer le rôle de Bernadette Soubirous dans un film. J'ai sympathisé avec le chapelain de Lourdes qui est devenu un grand ami.
Cet homme ne parle pas beaucoup mais quand il parle, ses phrases vous marquent à vie. Il m'a fait prendre conscience que mon cœur de talent était le piano. À partir de là, je pouvais élargir mon champ d'action.

Comment concevez-vous vos concerts ?
Je souhaite rendre les spectacles de musique classique plus vivants et plus accessibles. Que les gens qui ne connaissent pas forcément la musique classique puissent s'y reconnaître. Je fais des concerts théâtralisés où j'incarne un personnage. Auparavant, dans mes concerts traditionnels, je jouais, je saluais et je repartais. Je n'avais aucun contact avec le public. Quand je joue un personnage, je regarde les spectateurs et les prends à parti. Cette théâtralisation du
concert permet de faire en sorte que le public et l'artiste soient réunis.

Composez-vous ?
Je n'ai pas une très grande productivité et j'ai plutôt composé des morceaux dans le style romantique. C'est extrêmement
important pour un interprète de composer et d'improviser même si ce n'est pas son métier. On ne peut pas comprendre une œuvre que l'on n'a pas composée soi-même si l'on n'est pas familiarisé avec le processus de composition. Par ailleurs, je chante aussi. Et je m'inscris dans l'esprit de Chopin qui disait que pour savoir jouer, il faut savoir chanter.

Beethoven est-il toujours votre compositeur de prédilection ?
Je ne peux pas m'en débarrasser (rires). J'ai essayé de le « tromper » avec d'autres. Je l'ai fait avec Chopin, mais Beethoven m'a toujours rattrapée.

Parlez-nous de vos projets ?
Victor Haïm qui apprécie la musique classique a écrit une pièce de théâtre musical sur Beethoven en pensant à moi. C'est le projet de mon cœur en 2018 et je suis très impliquée pour le monter. Je serai à la fois actrice et pianiste dans ce spectacle.

Vous habitez Montmartre. Quels liens avez-vous avec votre quartier ?
C'est la première fois que je me pose dans un endroit aussi longtemps. J'ai toujours eu la bougeotte car je n'avais pas trouvé le quartier de Paris qui me correspondait. J'habite Montmartre depuis onze ans et je m'y sens bien. Je ne suis pas prête d'en partir. J'aime cette âme montmartroise marquée par tous les artistes qui ont vécu ici. Je n'ai pas toujours le temps de me promener dans le quartier mais j'essaie le plus possible de me déplacer à pied. Et puis, ce quartier qui monte et qui descend, c'est bien pour se dépenser.

www.lydie-solomon.com”

Dix-huit les nouvelles (Marie-Sylvie Maufus), printemps 2018