Lydie Solomon Pianiste & Comédienne

Rencontre entre philosophie et musique – Radio Notre Dame

5 juin 2012

radio-notre-dame-2012-06-05

Le Bien, le Beau, rencontre entre philosophie et musique

Transcription d'extraits de l'émission Ecoute dans la nuit, animée par Chantal Bally et diffusée sur Radio Notre Dame, le 5 juin 2012, avec pour invités :
– Lydie Solomon, pianiste
– Paul Clavier, philosophe
– Karol Beffa, compositeur et pianiste

Chantal Bally : « Alors, la première question, traditionnelle : comment vous êtes-vous rencontrés, Lydie et Karol ? »

Karol Beffa : « Le monde de la musique n'est pas très grand. Il se trouve qu'on a beaucoup d'amis en commun. Voilà, c'est comme ça que ça s'est fait, essentiellement. Lydie m'a fait écouter son disque Eldorado, que j'ai trouvé très bien, très original, très beau programme. Voilà, on peut dire que c'est comme ça que ça s'est fait. »

Lydie Solomon : « Je valide. »

Chantal Bally : « Vous validez !
Alors, nous nous connaissions comme ça, mais sans nous être rencontrées, par une connaissance commune dont on parlera peut-être tout à l'heure.
Vous avez déjà une longue carrière, Lydie Solomon, puisque vous avez donné votre premier récital à l'âge de dix ans ! Vous en avez trente, c'est ça ? »

Lydie Solomon : « Oui, tout-à-fait. »

Chantal Bally : « Et votre premier concert avec orchestre à treize ans. Alors, à quel âge avez-vous commencé le piano pour, déjà à dix ans, être en récital ? »

Lydie Solomon : « J'ai commencé le piano quand j'avais deux ans. »

Chantal Bally : « Deux ans ! »

Lydie Solomon : « C'est-à-dire, de façon peu académique, puisque ma mère a loué un piano, dans son appartement, et, paraît-il – parce que je ne m'en souviens pas – je passais mon temps au piano à reproduire les airs, les mélodies que j'entendais, dont une fois l'Hymne à la Joie de Beethoven. Et donc, ma mère a été interpelée, donc elle m'a poussée à continuer. »

Chantal Bally : « Je comprends. Elle a eu une intuition, là. Mais, elle est musicienne, aussi ?

Lydie Solomon : « Non, pas du tout. Mes deux parents sont très mélomanes et aiment beaucoup la musique, en particulier classique. Donc, c'était vraiment mon pain quotidien, quand j'étais bébé. Et même quand ma mère était enceinte, paraît-il, elle me faisait écouter beaucoup de musique classique, et de Beethoven en particulier. Mais ils ne sont pas musiciens, ils ne pratiquent pas de musique. »

Chantal Bally : « Alors, Karol Beffa, vous avez commencé à deux ans, vous ?

Karol Beffa : « Non, je n'ai pas commencé à deux ans. Je regrette. »

Chantal Bally : « Un peu plus tard ? A quel âge vous avez commencé ? »

Karol Beffa : « J'ai commencé, je crois, le piano à cinq ans, ou quelque chose comme ça. »

Chantal Bally : « Ah, quand même ! Est-ce qu'il faut commencer si tôt pour faire une carrière ? »

Karol Beffa : « Il y a des exemples et des contre-exemples des deux côtés, donc on ne peut pas trop généraliser, mais il vaut mieux commencer tôt quand même. »

Chantal Bally : « Il vaut mieux commencer tôt. »

Karol Beffa : « Deux ans, c'est particulièrement tôt, c'est sûr. Mais quinze ans ce serait sans doute un peu tard. »

[…]

Chantal Bally : « Et tout de suite, on va passer un extrait, je pense que c'est… Guarania, c'est ça ? India. »

India, de José Asunción Flores : extrait du disque Eldorado de Lydie Solomon

Chantal Bally : « India, de José Asunción Flores, c'est Lydie Solomon, bien sûr, au piano. Karol, en tant que pianiste, comment vous percevez le jeu, là, de Lydie? »

Karol Beffa : « C'est tout-à-fait ce qu'il faut, il me semble. C'est une musique qui est forte en contraste. C'est vraiment des sections. Assez clairement, on distingue les unes des autres, et donc il faut qu'elles aient chacune leur identité de toucher, et c'est ça que fait Lydie, et c'est ce qu'il faut faire, à mon avis. C'est une musique étonnante, parce qu'elle est apparemment très simple, très consonante. Elle a quelque chose de très prenant, tout de suite très prenant, avec des thèmes qui se mémorisent assez facilement, qui sont très pénétrants, et je crois que c'est très bien rendu. »

[…]

Sonate de Domenico Scarlatti n° IX, d'Enrique Granados : extrait du disque Eldorado de Lydie Solomon

[…]

Karol Beffa : « […] Là, il me semble que Granados, avec moins, fait plus. Il est plutôt dans l'amplification. L'esprit de l'œuvre est totalement conservé. Je pense qu'il n'y a aucune modification, même dans la durée, dans la forme. En revanche, c'est une pâte sonore qui est plus adaptée, probablement, au piano, qu'elle ne l'était au clavecin, la sonate de Scarlatti. C'est plutôt de l'ordre, encore une fois, de l'amplification, je dirais, que de la réduction. Mais c'est très intéressant, c'est très bien fait, c'est très bien rendu.

[…]

En l'occurrence, chez Granados, c'est plutôt, me semble-t-il, essayer de permettre que cette sonate, qui sonne déjà très bien au piano, mais qui a été écrite à l'origine pour clavecin, trouve toute sa place sur un clavier plus étendu, avec un type de toucher qui n'est pas du tout celui d'un instrument à cordes pincées comme le clavecin. »

Lydie Solomon : « Avec, aussi, un rythme plus accidenté. J'ai trouvé sur internet, sur youtube, une version par Granados lui-même. Et justement, il accentue beaucoup ce rythme accidenté, qui est plus typiquement espagnol que… »

Chantal Bally : « Oui, c'est ça. Alors justement, il y a toute une tonalité espagnole. Eldorado, c'est un choix. Et vous parlez couramment l'espagnol, je crois ? »

Lydie Solomon : « Oui. »

Chantal Bally : « Et c'est donc un choix pour ce CD, d'avoir pris cette couleur, on peut dire ? »

Lydie Solomon : « Tout-à-fait, c'est un choix. »

Chantal Bally : « Et un goût ? »

Lydie Solomon : « Oui, un goût qu'on ne peut pas expliquer rationnellement, parce que c'est plusieurs pierres qui ont construit l'édifice au fur et à mesure du temps. Mais ça s'est fait naturellement, en fait. C'est-à-dire que dans le disque, il y a la sonate de Ginastera, dont on va entendre un mouvement tout à l'heure. C'est une sonate d'un compositeur argentin. Cette sonate, je l'ai découverte il y a longtemps, quand j'étais au Conservatoire, quand j'avais quinze ans. Et tout de suite, elle m'a parlé. Et en fait, depuis ce moment où je l'ai découverte, elle ne m'a jamais quittée, quasiment. Je l'ai jouée en continu, je pense, parce que voilà, elle a quatre mouvements, elle est très pleine, et elle raconte à peu près beaucoup de choses que je veux raconter. Donc ça s'est construit autour de ça, aussi autour de l'Alborada del Gracioso de Ravel, que je connaissais depuis longtemps, et ça s'est construit autour de coups de foudre : sur ce disque, et aussi sur le programme Eldorado de manière générale, parce que je continue à l'étoffer. On fonctionne avec Thierry par coups de foudre. Pour schématiser, Thierry me met une partition sur le pupitre, et dit : voilà, tu déchiffres ça. Enfin… je te propose ça. Soit j'ai le coup de foudre, et c'est arrivé que j'aie le coup de foudre à tel point que pour un ou deux morceaux, j'ai lu le morceau une fois, je le connaissais par cœur tellement je reconnaissais l'univers. Et si je n'ai pas le coup de foudre, non. »

Chantal Bally : « Vous laissez tomber. »

Lydie Solomon : « Je laisse tomber, voilà. Et puis après, la dimension hispanique, c'est vraiment parce que j'aime, comme je vous disais, raconter des histoires, emmener en voyage. Et donc, Eldorado est un voyage depuis l'Espagne baroque, avec Padre Soler, le Fandango, jusqu'au tango argentin des années quatre-vingt. C'est un grand voyage spatio-temporel – enfin, comme tout voyage d'ailleurs – et passant aussi par le Mexique, Cuba, l'Argentine, la France et le Paraguay. »

Chantal Bally : « Alors, on parlait d'Alberto Ginastera. On va l'écouter tout de suite. C'est un extrait de cette sonate numéro 1 opus 22. Lydie Solomon au piano. »

Sonate n° 1 op. 22, premier mouvement, d'Alberto Ginastera : extrait du disque Eldorado de Lydie Solomon

Chantal Bally : « Alberto Ginastera donc, Lydie Solomon au piano. Là ce n'est plus hispanisant, là c'est tout à fait contemporain. »

Lydie Solomon : « Oui, hispanisant et contemporain, on peut dire. Enfin, hispanisant pour moi en tout cas. C'est aussi pour ça que j'aime tant cette sonate. C'est que c'est l'Argentine, quoi ! Enfin, je ne connais pas l'Argentine, mais en tout cas c'est ce que je m'imagine de l'Argentine, avec ce côté très rythmé et très percussif. J'aime beaucoup ce qui est rythmé et percussif. J'ai l'impression de voir galoper les gauchos dans la pampa argentine. Et puis les mouvements sont très différents. Celui-ci est très percussif, très rythmé. Le deuxième, on dirait vraiment une nuée, immatérielle, c'est très mystérieux. Le troisième est très méditatif, très mystérieux également. Et alors le quatrième, c'est le bouquet final. Il y a marqué tout le temps : marcato, violente. Enfin, c'est très… »

Chantal Bally : « C'est toute la chaleur de l'Amérique Latine ! »

Lydie Solomon : « Voilà, exactement. Avec un cri de désespoir et de vie en même temps. »

Chantal Bally : « Donc, ce compositeur… »

Karol Beffa : « Je pense que Ginastera fait partie des rares compositeurs qui sont en train d'avoir une renommée posthume supérieure à leur renommée de leur vivant. Ginastera était pratiquement inconnu il y a encore quinze ans en Europe, en tout cas en France, et puis depuis quinze ans, dix ans surtout, il devient de plus en plus connu. Il se trouve que Gustavo Dudamel, qui est un très jeune chef, un des très grands chefs vivants, le met souvent à l'honneur dans ses programmes de concert. Beaucoup de pianistes commencent à jouer sa musique, et je trouve ça tout-à-fait bien. En l'occurrence, cette sonate n'est pas très connue encore des pianistes, mais c'est très bien que Lydie la défende, parce que je trouve que c'est une sonate vraiment très bien faite. Ginastera arrive à mettre de la passion, de la fougue, de l'énergie, même dans les plages contemplatives, ce qui est assez étonnant. Et là, le troisième mouvement, il est d'ailleurs noté Adagio Molto Apassionato, ce qui est un peu curieux comme indication, c'est-à-dire très lent, très passionné. Oui, c'est une musique, effectivement, qui est dans l'énergie en permanence, même dans les moments d'apparente sérénité. Et en plus, certes, c'est pétri d'influences hispaniques au sens large, ou latino-américaines certainement, mais je trouve que c'est un compositeur qui a une identité personnelle très forte.

Chantal Bally : « Alors, justement, cet Eldorado vous a emmenée en voyage aussi. Vous revenez de Cuba, il n'y a pas très longtemps ? »

Lydie Solomon : « Tout-à-fait. Exactement. Je suis partie en tournée, et je suis revenue il y a trois semaines. Je suis restée là-bas deux semaines. »

Chantal Bally : « Ah oui ? C'est tout récent ! Alors, qu'est-ce que vous avez découvert, là-bas, qui vous a enchantée, j'espère ? »

Lydie Solomon : « Oui, ce voyage m'a complètement enchantée. C'est un pays vraiment fascinant, que j'ai beaucoup aimé. J'ai beaucoup aimé le contact avec les Cubains, que j'ai trouvés très accueillants, très ouverts, très curieux de découvrir, excellents musiciens, tous ! C'est incroyable, on se balade dans la rue, à chaque restaurant il y a un orchestre différent, mais un orchestre de grande qualité. Ils sont ouverts, donc c'est vraiment très agréable de converser avec eux et de travailler avec eux parce qu'ils parlent toujours avec leur cœur, on a l'impression. Et c'est simple, c'est fluide. Donc, j'ai beaucoup aimé. J'ai joué quatre fois là-bas, deux concerts qui étaient organisés déjà, puis deux concerts qui se sont improvisés sur place, dont un qui était un peu rigolo parce que c'était dans un concert de jazz, où j'étais l'invitée spéciale du concert de jazz. Donc j'ai joué le compositeur Ernesto Lecuona, compositeur cubain qu'ils aiment beaucoup, là-bas, à Cuba.

[Entrée dans le studio de Paul Clavier]

[…]

Chantal Bally : « Alors, on va écouter Lydie Solomon. Cette fois-ci, ce n'est plus l'Eldorado, c'est ce disque de chant que vous avez fait avec Thierry Lier, c'est cela ? Et vous pouvez nous le présenter ? »

Lydie Solomon : « C'est un double album. Le premier disque est composé de nos chansons, qu'on a composées avec Thierry Lier, et également un trio de jazz américain, un bandonéoniste argentin, et un percussionniste brésilien : ils ne jouent pas sur tous les morceaux, mais sur certains morceaux, oui. Et le deuxième disque – je vous le dis à titre informatif même si on ne va pas en entendre d'extrait – c'est un concert qui a été enregistré en direct, où je jouais le concerto en sol de Maurice Ravel avec orchestre, et en bis, la Puerta del Vino de Debussy. Et donc, là, ce qu'on va entendre, c'est une chanson que Thierry a composée, paroles et musique, qui s'appelle In the midst of life. »

Chantal Bally : « Avec, donc, la voix de Lydie Solomon. Au piano, non ? »

Lydie Solomon : « Au piano, c'est Thierry Lier. »

Chantal Bally : « C'est Thierry Lier au piano, Lydie Solomon qui chante. »

In the midst of life, de Thierry Lier : extrait du disque Harmonie de Lydie Waï (Solomon)

[…]

Chantal Bally : « Voilà. Vous nous emmenez très loin, Lydie Solomon, avec votre voix. C'était donc une composition de Thierry Lier, paroles et musique. »

[…]

Paul Clavier : « Moi j'admire le timbre et l'espèce d'évidence de ces compositions qui ne sont pas prétentieuses, et, vous disiez, qui nous emmènent loin. Pour moi c'est un bon critère : on écoute, et tout de suite on est ailleurs, on ne sait plus où on est. On est dans l'œuvre, en fait. »

Chantal Bally : « Oui, on est dedans. »

Paul Clavier : « Alors, on ne peut pas être hypocrite. C'est pas la Missa di Gloria de Puccini. Mais on est quand même déjà ailleurs. Voilà. Donc, merci à Thierry et à son interprète. »

Chantal Bally : « Lydie Solomon. Vous connaissiez Lydie Solomon ? »

Paul Clavier : « De réputation, qui est excellente ! Mais je n'avais pas eu le privilège de la voir ! Les auditeurs ne la voient pas puisqu'il n'y a pas de caméra, mais en entendant le timbre de sa voix, je pense qu'ils ont déjà une petite idée… »

Chantal Bally : « Et vous ne l'avez pas entendue au piano, mais là vous avez beaucoup perdu ! »

[…]

Chantal Bally : « Donc, nous retrouvons nos invités. Et, Paul Clavier, comme vous n'avez pas pu écouter Lydie Solomon, on se dit quand même, au piano – vous l'avez entendue chanter – on voulait vraiment vous faire ce cadeau. Est-ce que vous êtes content ? Ca vous plaît ? »

Paul Clavier : « Merci ! J'écoute dans la nuit. »

Chantal Bally : « Vous avez bien raison. Alors, Lydie, qu'est-ce que c'est, ce morceau que vous allez nous présenter ? »

Lydie Solomon : « C'est une œuvre qui s'appelle Gitanerías, du compositeur cubain Ernesto Lecuona, qui est extraite… c'est un des six morceaux de la Suite Andalouse que Lecuona a composée, qui est cubain, qui n'est pas espagnol. Mais il a composé une suite qui respire l'authenticité andalouse. Et d'ailleurs, pour la petite anecdote, Ravel avait entendu l'un des morceaux de la Suite Andalouse – et il était complètement épaté – qui s'appelait la Malagueña, et il avait dit que la Malagueña de Lecuona était mieux que son Boléro, le Boléro de Ravel ! »

Chantal Bally : « Voilà, donc. On écoute tout de suite Lydie Solomon dans cet extrait d'Ernesto Lecuona. »

Gitanerías, d'Ernesto Lecuona : extrait du disque Eldorado de Lydie Solomon

[applaudissements]

Chantal Bally : « C'était donc cet extrait… on applaudit ! Ben oui ! Voilà, Paul Clavier a spontanément… il sort du concert, alors… c'est pas parce qu'on est dans un studio… Alors vous appréciez, j'ai l'impression, Paul Clavier ! »

Paul Clavier : « Moi, je trouve que dans la littérature musicale, comme on dit, il y a des pièces de caractère qui sont cartes postales, et il y en a d'autres dans lesquelles il y a un certain niveau de profondeur. C'est dû au fait de choisir des harmonies qui changent un peu du modèle populaire, et… voilà, on est un peu saisis, c'est même… il y a une acidité. Du coup, la grande vague de l'espaniolisme, de l'hispanisme… je ne sais plus comment on appelle ça… Comment on appelle ça, Karol, en musique ? La mode espagnole, quoi ! »

Karol Beffa : « Oui… la mode espagnole. »

Paul Clavier : « Elle a ceci de vertueux, je trouve, qu'on n'est pas dans la carte postale. Et alors… le talent… »

Chantal Bally : «… de Lydie… »

Paul Clavier : « … la maîtrise, métrique intacte. C'est pas langoureux, c'est pas de la fausse Espagne, quoi ! »

Chantal Bally : « C'est pas de la fausse Espagne, c'est vraiment le vrai caractère ! »

Paul Clavier : « C'est pas l'Espagne pour touristes, quoi ! C'est l'Espagne cubaine, voilà ! »

Lydie Solomon : « Cuba qui a été espagnole, aussi. »

Chantal Bally : « Oui, c'est ça. Elle revient de Cuba, elle a fait une tournée à Cuba. Karol, ce morceau ? »

Karol Beffa : « Ah oui, je trouve ça très bien, et ce que dit Paul est très juste. Et ce qui est intéressant, c'est que c'est vraiment une espèce de mouvement perpétuel. Il y a quelque chose de la ronde, de la danse qui ne s'arrête pas. Et c'est vraiment un microcosme, c'est un monde en soi, avec un début, une fin, et c'est parfaitement dosé, et c'est parfaitement rendu sous les doigts de Lydie. Donc je trouve que c'est très bien de faire écouter ça à nos auditeurs. »

[…]

Paul Clavier : « Est-ce que vous pensez que votre activité d'interprète ou de compositeur est moralement neutre et éthiquement transparente ? »

Lydie Solomon : « Pas du tout ! Enfin, c'est drôle parce que pendant tout le temps qu'on parlait du beau et du bien, en fait je me demandais naïvement où est le débat ! Parce que pour moi, c'est évident que le beau, c'est bien ! Mais là, je voudrais faire une distinction entre l'esthétique et le beau. C'est-à-dire, ce qui est beau, ce n'est pas forcément ce qui est esthétique. On vit dans une société d'image, de l'esthétique, on retouche toutes les photos, enfin, on a un souci, comme ça, de perfection esthétique. Mais pour moi, ça, ce n'est pas le beau. Pour moi, l'esthétique, c'est narcissique ; l'esthétique, c'est quelque chose qui attire vers soi, qui renvoie à soi et qui est, je trouve, un peu fini, voire morbide. Alors que le beau, c'est très humble, en fait. Ce n'est pas quelque chose qui attire à soi, mais qui ouvre les yeux sur l'invisible, en fait. Pour moi, ça, c'est la définition du beau. Donc il faudrait déjà s'accorder sur ce qu'on entend par beau. Moi, c'est ce que j'entends par beau, en tout cas. Et du coup, pour moi, oui, le beau, c'est bien. Et le bien, c'est beau. Et en tout cas, dans ma pratique de pianiste, c'est vraiment ça que j'essaie de faire, c'est-à-dire, faire quelque chose de beau, bien sûr, donc pas quelque chose qui enferme ou qui attire à soi, mais quelque chose qui ouvre un horizon, qui ouvre les yeux sur l'invisible, quoi. Vraiment. »

[…]

Chantal Bally : « Alors, comme c'est vital, on va écouter Lydie Solomon, et cette fois-ci, c'est Malagueña, justement, de Lecuona. »

Lydie Solomon : « La Malagueña dont Ravel avait dit : elle est mieux que mon Boléro ! »

Chantal Bally : « Alors, ça vaut la peine de l'écouter, par Lydie Solomon. »

Malagueña, d'Ernesto Lecuona : extrait du disque Eldorado de Lydie Solomon

Chantal Bally : « C'est donc cette Malagueña, de Lecuona, et dont Ravel a dit que c'était mieux que son Boléro ! Qu'est-ce que vous en pensez ? C'est pas mal ! »

Paul Clavier : « Ben… Ravel avait bon goût ! »

Chantal Bally : « Ravel avait bon goût… »

Karol Beffa : « Oui, c'est assez différent du Boléro de Ravel, quoi qu'il en soit, même s'il y a une inspiration espagnole dans les deux cas. Mais c'est très bien ! »

[…]

Chantal Bally : « Vos annonces des prochains concerts, Lydie ? »

Lydie Solomon : « Oui, je jouerai le 22 août au Festival Piano Folies du Touquet, et le 23 août aux Rencontres d'Aubrac, dont le thème cette année est, par pure coïncidence, Les Imaginaires d'Eldorado ! Donc, ce sera autour d'Eldorado, de l'or. Et d'ailleurs je serai habillée par un designer qui va me faire une robe sur mesure en or, enfin, couleur or, pour incarner cet Eldorado que je jouerai le 23 août. Et après, des dates à Paris. Alors, le mieux c'est d'aller sur mon site : www.lydie-solomon.com. »

“Ecoute dans la nuit”, Radio Notre-Dame (Chantal Bally), 05/06/2012